À l’Ouest

Olivia Grandville

jeudi 7, vendredi 8 et samedi 9 décembre à 20h30
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Frapper le sol avec les pieds, frapper la terre sacrée, communiquer avec les esprits, faire résonner le corps et la terre pour dire son existence au monde, sa résistance, sa rébellion, taper à réveiller les morts, taper comme des sourds, espérer les fantômes, faire vibrer, secouer notre matière vivante, faire rempart à la mort embusquée, scander nos vies minuscules.

En amont de ce projet : un regard étranger, un voyage initiatique dans les pas du compositeur Moondog, au coeur des réserves autochtones du Canada et d’Amérique du Nord.

Un prétexte pour aller à la rencontre de la culture Amérindienne, un fantasme d’enfant resté vivace à l’âge adulte, une histoire à la fois fascinante et culpabilisante. Une histoire finalement au coeur de notre affolante actualité. Objectif : partager l’expérience de cette pulsation fondatrice et ce qu’elle continue d’incarner pour ces populations : l’affirmation d’une culture toujours vivante malgré le génocide, un coeur révolutionnaire et spirituel qui continue de battre à contretemps de l’occident.

Au-delà de cette rencontre, la question du déplacement, géographique, culturel, artistique, personnel, pour peut-être aussi interroger nos propres fondations, marges et avant gardes.

Un motif récurrent celui de la pulsation et de sa répétition.

Une tentative de révéler en quoi ce battement du coeur, des corps, et du monde est aussi le nôtre.

Et puis un peuple qui n’a jamais pris à la nature plus que ce qu’elle pouvait lui donner et qui continue de défendre aujourd’hui ces valeurs dans l’Amérique de Trump, un peuple qui, un jour, à imaginer vaincre des cavaleries entières de soldat surarmés en dansant jour et nuit, ça me parle et ça devrait nous parlez à tous.

C’est qui les nouveaux indiens ?

À l’Ouest – Olivia Grandville (short) from César Vayssié on Vimeo.

DISTRIBUTION

Chorégraphie Olivia Grandville
Textes et entretiens Olivia Grandville
Musique Alexis Degrenier, Moondog
Interprétation Lucie Collardeau, Clémence Galliard, Tatiana Julien et Olivia Grandville
Percussion et vielle à roue Alexis Degrenier
Réalisation sonore Jonathan Kingsley Seilman
Lumière Fabrice Le Fur, Yves Godin
Dispositif scénique Yves Godin, Olivia Grandville
Costumes Eric Martin
Images Olivia Grandville
Contributions Stéphane Pauvret, Aurélien Desclozeaux
Remerciements à Amaury Cornut
Administration, production Christelle Dietzi
Développement, diffusion Charles Eric Bernier – Bora Bora productions
Production La Spirale de Caroline
Coproductions Ménagerie de Verre (Paris)Le lieu unique, scène nationale de NantesLa Place de la Danse – CDCN Toulouse / OccitaneLe Centre Chorégraphique National de Nantesde Charleroi Danse.
Avec le soutien de la Ville de Nantes, de l’Institut Français, de l’Ambassade de France à Ottawa (CA). La Spirale de Caroline est conventionnée par le Ministère de la Culture – DRAC Pays de la Loire

plus d’informations olivia-grandville.com

 

INTERVIEW

1) Pour votre nouvelle pièce, À l’Ouest, vous partez du travail du musicien Moondog. Pourriez-vous nous parler de cette référence ?

C’est suite à une rencontre avec son biographe français, Amaury Cornut, que je me suis intéressée au parcours de Moondog et à cette pulsation fondatrice dont il fait l’expérience, enfant, dans les réserves indiennes du Wyoming. J’ai par la suite rencontré Alexis Degrenier, percussionniste et vielleux. Avec lui et Jonathan Seilman qui travaille à partir des sons et voix rapportés de mon voyage, nous avons entamé ce travail à l’écart d’une référence directe à la musique amérindienne mais aussi à celles de Moondog , puisqu’un seul morceau apparaît finalement dans la pièce.

Pour autant, ce battement originel propre à beaucoup de musiques traditionnelles et qui échappe à notre métrique occidentale, ce battement entêtant et obstiné qui traverse l’œuvre de Moondog, constitue le fil rouge de la pièce sur le plan musical, chorégraphique et dramaturgique.

Par ailleurs j’ai cherché comme lui à créer des ponts entre de multiples inspirations savantes et populaires, loin en tout cas de toute recherche d’authenticité. Les danses auxquelles j’ai assisté là-bas ont été interdites pendant un siècle, elles ont été oubliées, parfois déguisées, réinventées en tout cas, elles s’apparentent davantage à du hip-hop ou du charleston qu’aux images véhiculées par le cinéma hollywoodien !


2) Comment avez-vous travaillé sur la culture Amérindienne ?

Moondog m’a fourni le prétexte d’un voyage rêvé : un parcours de six semaines qui m’a emmené de Montréal à Albuquerque pour assister au plus grand Pow-wow d’Amérique du Nord : The Gathering of Nations, qui rassemble en effet toutes les Nations Amérindiennes depuis le nord du Canada jusqu’au Nouveau Mexique.

En chemin, j’ai mesuré à quel point l’histoire de la colonisation était récente et brûlante, notamment à travers un séjour d’une semaine dans une réserve du Nord Québec.

Je ne peux pas me permettre de dire que j’ai travaillé sur « la culture Amérindienne », c’est bien trop vaste et complexe, chaque nation à sa propre langue, sa propre histoire.

J’ai tout au plus été vérifier ce qui me questionnait, à savoir que la danse et la musique sont bien ce qui leur a permis de ne pas disparaître, et restent vivantes encore aujourd’hui en tant que pratique militante, expérience spirituelle, outil de cohésion social et thérapie personnelle.

Les revendications identitaires des premières Nations concernent essentiellement la défense d’un mode de vie en relation et en dialogue avec la nature. Et ce n’est pas un folklore ! Ce n’est pas non plus de l’écologie au sens où nous l’entendons, nous ; c’est un rapport à la terre profondément ancré dans leur culture, leur relation à la danse en fait partie.


3) Comment envisagez-vous l’Amérique sous le mandat de Donald Trump ?

Euh ……… A votre avis ?

L’Amérique de Trump c’est celle qui s’est empressée de dénoncer la décision prise par Barack Obama suite à la mobilisation des peuples Amérindiens. Un gigantesque rassemblement de nombreuses Nations amérindiennes a en effet occupé les territoires du Dakota du Nord de Juin à Janvier 2016 contre la construction du Dakota Access Pipeline sur leurs terres sacrées, construction qui menace de polluer l’une des plus grandes réserves d’eau au monde …… Ils avaient tenu de Juin à Janvier 2016 contre l’armée, les chiens, les bulldozers et le froid, ils avaient gagné …. Le titre de la pièce est aussi une question : c’est quoi être à l’Ouest ?


4) Comment avez-vous travaillé la pièce pour l’espace du Off ?

Très vite et depuis 30 ans tout a été fait dans l’appréhension de cet espace, le prendre pour ce qu’il est, un garage, ou tenter de s’extraire de l’imaginaire évident qu’il génère. Pour ma part, j’y ai joué totalement à nu, je l’ai habillé de rouge, encombré de tout un dispositif d’écrans, pris dans un sens, dans l’autre, en quadrifrontal… Ce qui fait la singularité de ce lieu, c’est aussi tout le passé qu’il convoque et la manière dont il nourrit notre imaginaire consciemment ou pas dès le premier geste.

Ici je m’appuie sur ses spécificités premières : sa profondeur et sa blancheur, la dureté de ses matériaux, son absence de hauteur… des « qualités » contre lesquelles il faut parfois lutter mais qui collent aussi à une certaine approche du spectacle vivant contemporain, qui ont même peut-être contribué à en définir les principes, l’éthique… parfois les tics !

Pour À l’Ouest, je ne tente pas de résister à cette histoire mais juste de poser les signes d’un paysage physique et mental qui permettent de s’en abstraire et de se projeter ailleurs.

 

5) Quels échos, pour ce travail sur des ethnies persécutées, et la situation en France ?

L’histoire que j’ai rencontrée là-bas est celle de l’assimilation forcée : « tuer l’indien dans l’enfant » comme cela s’est dit. C’était l’objectif de ces pensionnats catholiques et protestants mis en place par le gouvernement Canadien et actifs jusqu’en … 1996 !

Sur 5 générations, des milliers d’enfants ont été séparés de leur famille, privés de leur langue, victimes de maltraitance physique, de racisme au quotidien, de viols de masse et tous les dommages collatéraux qui continuent de les détruire aujourd’hui …. Le gouvernement Canadien s’est excusé en 2010 et multiplie les dédommagements… pour autant ce que l’on appelait auparavant « l’acte des sauvages », ce traité qui exempte les natifs d’un certain nombre de taxes pour mieux les garder captifs de leurs réserves, continue d’exister à certains égards notamment en ce qui concerne leur impossibilité d’accès à la propriété. Dans le même temps les aides et l’organisation interne qu’ils ont développées pour subsister, et qui passe parfois par une économie de contrebande, suscite une jalousie et un racisme ordinaires de la part des communautés blanches qui les côtoient, notamment sur les territoires ruraux ou anciennement ouvriers dont l’économie s’est effondrée.

Là-bas comme ici, aujourd’hui comme hier une classe moyenne qui se sent déchue, abandonnée et qui jalouse les aides accordées aux minorités.

J’ai été choquée de me rendre compte que le fait de travailler sur « les indiens » me valaient des sourires en coin, qui révélaient toute la puissance encore si présente dans l’imaginaire blanc, des Westerns des années 40, 50, 60, et 70 ! Visiblement, il semblait moins sérieux ou urgent de se référer à cette colonisation-là qu’à une autre.

Pourtant tout cela n’est bien qu’une seule et même histoire et c’est hélas la nôtre ! Que faire aujourd’hui vis-à-vis de notre passé colonisateur pour sortir de la rancœur légitime que nous suscitons et du repli sur soi des communautés qui l’ont subie ?

 

BILLETTERIE

  • Tarif Plein : 15€ close +
  • Tarif Réduit : 13€ close étudiants, moins de 25 ans, demandeurs d’emploi, bénéficiaires des minima sociaux +
  • Tarif Adhérent : 7€ close Carte d’adhésion 30€ (carte valable un an de date à date: des tarifs préférentiels sur toutes les a)ctivités pédagogiques et tous les spectacles +
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Marc Domage
Olivia Grandville
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De formation classique, Olivia Grandville s’intéresse dès 1983 à la danse contemporaine, notamment à travers ses voyages qu’elle effectue aux États-Unis.

Elle intègre la compagnie Bagouet après sa démission de l’Opéra de Paris en 1988. Depuis une vingtaine d’année elle développe ses propres projets, articulés pour beaucoup autour de la question du langage et du phrasé, qu’il soit musical, verbal ou chorégraphique dont Il nous faudra quand même un peu d’argent. J’ai fait des économies en 1997; Paris – Yerevan en 1999, Le cabaret discrépant en 2011, Combat de Carnaval et Carême en 2016, parmi tant d’autres. Olivia Grandville est aujourd’hui associée au Lieu Unique à Nantes pour les trois prochaines saisons.

plus d’informations
olivia-grandville.com

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